Penser à Nietzsche...
Penser à Nietzsche peut être tout un art. une philosophie...
Mais !, avant de penser à la sienne, il faut savoir comment ça s'écrit ! Donc penser tout d'abord à son vocabulaire plutôt qu'à ses idées parait couler de source !
Et cette pensée peut arriver à tout moment. Même après que votre mari vient de se faire assassiner.
C'est une pensée inévitable dès lors que l'on acquiert ce nom dans son savoir personnel.
Mais qui penserait associer les plans séquences à ce philosophe nazi ?
Cet amoncellement de termes liés directement et étymologiquement au mot « penser » reflète bien l'esprit du film, ainsi que la préparation qui lui a donné naissance. Le thème fut pensé, pensé, pensé et repensé. Le sujet, les plans, les cadrages, les personnages...et les paroles ! mon dieu les paroles !!
C'est un film Classe et pur, à l'esthétique raffiné, mais qui possède une âme proche de la pourriture, d'une impression de sang coagulé ainsi que d'une dimension sexuelle crue et sale –restant cependant invisible oculairement !
Je pensais à Nietzsche joue la carte du pur esthétisme dans sa forme afin de happer l'½il du spectateur. Mais il offre, lors de ses lectures suivantes, une dimension toute autre que visuelle...
Sans musique, gourmand de silence, le film laisse planer une atmosphère complètement détachée d'un cerveau humain (non fictive donc réel). Les personnages ont tous le diable au corps (et à l'esprit) mais ne se « lâche » pas aux mêmes moments. Machiavéliques tour à tour, leur humour se puise dans celui des toon's, énergique et inquiétant. Le second couple donne l'image d'une petite Peggy au teint rosé et naïf qui soudain se dévoile en une énorme bouche acérée de dents vampiriques (oula...).
Sur le concept de l'arroseur arrosé (« on a bien fait (on n'aurait pas du) ; thème de l'année), le court métrage présente une découpe claire dans chacune de ses scènes qui nous offre un décor atypique, attitré à la perfection avec l'esprit de cette scène. Mais toujours avec un sarcasme évident, un faux réconfort dégageant le doute du spectateur au fur et à mesure qu'elle se déroule.
L'hôpital accueille une scène puant le vice, la trahison et une inexistante hônneteté.
La voiture recèle d'une extrême violence renflouée aussi bien verbale que physique, mais détournée par un trait d'humour final déplacé annonciateur de l'esprit de la scène suivante.
Le salon chaleureux est la pièce d'un meurtre auquel l'on ne peut assister puisque c'est le spectateur lui-même qui est porté à mort. Toujours ou presque en vue subjective de la victime ; changement de parti qui nous fait plonger directement dans le personnage persécuteur persécuté. C'est là le n½ud de l'intrigue où l'on apprend réellement les intentions des uns et des autres mais aussi leur histoire personnelle.
Le montage est symbole de la schizophrénie évidente du personnage, bien entendu, mais du film en lui-même qui agit de manière perpétuellement double (que ce soit au niveau des intrigues du placement des personnages, des complicités ou de la mise en scène). La dernière scène est l'apogée. On pourrait croire qu'Estelle est venu pleurer sur la tombe de son mari ; on réalise deux plans plus tard qu'elle domine des collines à moitié rases, totalement chaotiques, alors que dans le premier plan, l'on ne percevait qu'un ciel bleu et pur, sur lequel elle se détachait tel un ange, que Dominique rejoint ensuite (arrivant de nulle part). celui-ci semble l'avoir diabolisée puisqu'ils s'enfonceront ensuite vers les enfers, après un rire sardonique à souhait, heureux pour leur condition.
La scène des policiers représente une correction de la justice que Prune mérite certainement mais pas dans cette situation. Le mal se bat par le Mal. Mais quel est le plus diabolique des deux ?
Prune est l'antithèse d'Estelle. Sous le charme d'un médecin macho qui lui manque totalement de respect, elle devra laver les fautes de son amant qui a été assassiné. Frêle et pleine d'espoir, elle a un grain certain, à la recherche d'une reconnaissance sociale qui lui vaudra d'être la plus grosse victime de toute l'histoire.
Estelle, quant à elle, profite de tout. La mort de son mari qu'elle détestait et l'arrivée de son nouvel amant. On peut penser qu'elle l'a monté elle-même contre Jean-Jacques. Intelligente et en manque profond d'humanité, elle pensera à l'orthographe de Nietzsche plutôt qu'à son mari venant d'être séquestré puis assassiné...